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Espace doctorants en danse

TRAVERSI, Bruno

Titre de la thèse : La danse comme spontanéité – Hypothèse d’une structure inconsciente du mouvement

Discipline : Philosophie

Directeur de thèse : Jean-François Balaudé

Université : Université Paris Ouest Nanterre
École doctorale : ED 139
Équipe de recherche ou laboratoire : Connaissance, langage, modélisation

Date de soutenance : 7 février 2015


Résumé de thèse :
On peut distinguer deux formes à la spontanéité, la spontanéité autonome – le geste trouve son origine dans l’intériorité du sujet indépendamment des influences extérieures –, et la spontanéité hétéronome – forme de réaction, de laisser-aller, aux variations du milieu ambiant. La première est celle des danseurs « du mandala », tel que Carl Gustav Jung a pu les observer, qui agissent involontairement en prise avec une grandeur intérieure. La seconde est celle des danseurs contemporains tels que les pratiquants de la danse Contact Improvisation de Paxton, ou encore des danseurs de buto. Ces deux types de spontanéité renvoient à deux paradigmes scientifiques différents. Alors que PAXTON fonde explicitement sa pratique sur les lois de NEWTON, conçoit les rapports que l’individu entretient avec son environnement comme des interactions mécaniques, JUNG et Wolfgang PAULI pensent la relation de l’homme avec son environnement non seulement à travers la sensibilité et la causalité, mais aussi à travers un lien a-causal qu’est la psyché. Selon eux, le mandala (lorsqu’il est exécuté spontanément), de par sa géométrie et sa dynamique, témoigne de cette structure fondamentale. Cette conception de JUNG et de PAULI se fonde sur les découvertes en physique quantique, principalement sur le concept de complémentarité de Niels BOHR – que celui-ci crée en regard de la nature à la fois corpusculaire et ondulatoire des constituants élémentaires de la matière. Ces deux formes de spontanéité conduisent à interpréter la pensée extrême-orientale (principalement chinoise et japonaise), de deux manières différentes : alors que PAXTON comprend la non-dualité du bouddhisme et l’unité du taoïsme comme une fusion (ou le sujet disparaît) qui requiert un laisser-aller intégral ; JUNG et PAULI la comprennent en terme de conjonction, c’est-à-dire selon un rapport paradoxal par lequel la non-dualité ne nie pas la dualité (l’autonomie du sujet est affirmée en même temps que l’unité du Tout) – conception de l’unité qui requiert non pas un laisser-aller mais une conversion du regard dont le modèle est la pratique alchimiste que décrit DORN, avec ses trois degrés de conjonction. Conversion du regard, entendu comme processus ascétique, que l’on retrouve également chez PLOTIN, néoplatonicien du IIIe siècle, et chez LOU TSOU, alchimiste chinois, dont le Traité de la fleur d’or est analysé par JUNG. Un procédé ascétique similaire de « retournement du regard » se retrouve encore au XXe siècle chez le japonais UESHIBA Morihei sous le terme de mikaeru [見返る] qui signifie « regarder en arrière », autrement dit se détourner des choses sensibles [物, mono] et regarder vers l’« Origine unique », l’Un. Ascèse qui permet le passage de l’art martial (chaos) à la danse kagura Mai (cosmos), « danse inspirée et circulaire », qui est typiquement une danse du mandala. Nous proposons ensuite une approche phénoménologique de cette danse grâce à laquelle nous dégageons une structure psychophysique inconsciente qui se reflète à travers la motricité, les différents types de sensations (intéroceptives, proprioceptives, extéroceptives), l’idéation, et l’état de conscience des sujets. Cette structure comporte trois plans du vécu psychophysique (individuel et collectif), emboîtés les uns dans les autres, que nous avons nommés : central, primaire et secondaire. Chaque plan se caractérise par sa spatialité, sa temporalité, et par le type de rapport que l’individu entretient avec lui-même, avec autrui et avec la chose. Leur déploiement correspond à trois étapes de différenciation du non-moi au moi, ou si l’on préfère du on au je – architecture psychophysique qui fait écho à la structure métaphysique de PLOTIN. La configuration spatiale géométrique du plan primaire et sa dynamique de circumambulation irrépressible se révèlent correspondre au rituel de la fondation de Rome et, d’une manière générale, à la configuration des espaces sacrés. De plus, les deux formes de spontanéité, les deux principes d’organisation du collectif, et d’une manière générale les deux plans (primaire et secondaire) se constituent selon un principe de symétrie. Nous retrouvons ainsi le principe le plus général qui structure selon JUNG et PAULI à la fois la sphère physique et la sphère psychique et les met en relation l’une avec l’autre.

Notice bibliographique :
Le corps Inconscient – et l’Âme du monde selon C.G. Jung et W. Pauli, Harmattan, 2016.
Intermède pour Sorciers – Éditions Cénacle Circulaire . Compte rendu de dix ans d’ateliers de danse Kagura Mai (danse extatique japonaise), 2016.

Co-traduction (du japonais au français), introduction et notes :
2011 - Takemusu Aiki, volume 3, de Ueshiba Morihei, Editions Cénacle Circulaire, 2006.
2008 - Takemusu Aiki, volume 2, de Ueshiba Morihei, Editions Cénacle Circulaire, 2008.
2006 - Takemusu Aiki, volume 1, de Ueshiba Morihei, Editions Cénacle Circulaire, 2010.

Contact : bruno.traversi@yahoo.fr

[fiche publiée en février 2016]

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