`
Espace doctorants en danse

Appel à communication • Savoir(s) du corps dansant, 17 avril 2015, Strasbourg

Journée d’étude - 17 avril 2015 – Université de Strasbourg

Savoir(s) du corps dansant :
des outils de la pratique aux enjeux théoriques

co-organisée par Nathalie Boudet & Alice Godfroy

•> Date limite : 7 janvier 2015

« Je dirais qu’au départ la révolution de la danse contemporaine n’a pas été d’instaurer un nouvel art chorégraphique, mais un corps comme lieu d’expérience et lieu de savoir [1] », Laurence Louppe.

De quels savoirs le corps dansant est-il détenteur ?
En quoi ces savoirs spécifiques peuvent-ils rayonner sur d’autres domaines, et questionner d’autres champs du savoir ?

Bien souvent relégué dans l’angle mort de la critique, le studio de danse est un laboratoire vivant pour qui veut éprouver, et un observatoire idoine pour qui veut comprendre la transformation du corps quotidien en corps dansant. S’il « est un lieu très particulier, celui où se trame la matière de la danse, d’où jaillit son mouvement [2] » (Dominique Dupuy), la timide prise en considération dont il est l’objet contraste fortement avec l’importance, ne serait-ce qu’en poids d’heures, qu’il revêt pour le danseur.

Cette journée d’étude entend investir les savoirs qui se construisent au cours du travail en studio et répondre par là même à la nécessité soulevée par Michel Bernard « de recourir à une problématique spécifique, entièrement différente, fondée [...] sur la prise en compte de la seule corporéité sensorielle et motrice mise en œuvre dans la relation hic et nunc de la situation de l’atelier de danse [3] ». C’est en qualifiant l’expérience du corps dansant en situation non spectaculaire, à l’endroit de son travail et de sa formation, qu’il devient possible de ressaisir la spécificité du mouvement dansé en régime de différenciation vis-à-vis du se mouvoir ordinaire.

Cette posture ouvre un champ de recherche qui se soutient de deux gestes. Le premier consiste à penser les pratiques, à penser à partir d’elles, en tenant au pluralisme du savoir chorégraphique contemporain : il sera question des savoirs du corps dansant, de ce qui les conjoint et les disjoint.
Nous nous intéresserons moins aux techniques de formation de l’interprète que – en elles ou hors d’elles – à ces approches multiples du mouvement qui développent les potentialités du corps-conscience et l’apprêtent à devenir créateur de son geste. L’apparente atomisation des approches se résorbe toutefois dès qu’on l’inscrit sous l’horizon historique d’une révolution des pratiques initiée par la danse moderne et réaffirmée par la danse contemporaine – un renversement des approches par lequel la danse n’est plus tant apparue comme un travail sur la matière du corps que sur sa sensibilité et sa dimension de corps-conscience. Avec l’avènement de la modernité, le nouveau corps dansant allait apprendre avant tout, dès le début du XXe siècle, qu’il était une matière pensante qui ne pouvait croître qu’en étendant la connaissance de son sentir. « Ne cherche pas à comprendre, à reproduire, voire à imiter de l’extérieur mais à percevoir, à ressentir, à revivre de l’intérieur [4] » – L’injonction pédagogique de Dominique Dupuy « à un élève, à un stagiaire » résume ainsi le tour de force qui, de l’apprenti-danseur reproducteur de formes, a fait un producteur de conscience, et de l’atelier de danse une école du savoir-sentir capable de résorber la fracture du sens en plaçant le savoir sous l’emprise directe du sentir.

Le second geste de notre posture de recherche opère un retournement à la fois épistémologique et méthodologique : une fois établie cette forme de pensée somatique spécifique aux corps dansants, une fois forgés les outils de sa connaissance propre, il serait possible non pas d’être hébergé par tel ou tel domaine institué de la science, mais au contraire de venir les éclairer autrement. Il s’agirait en d’autres termes, et plutôt que de placer la danse sous les grilles de lecture propres aux disciplines traditionnelles du savoir, de montrer comment les savoirs du corps dansant forment un appareillage critique capable d’interroger, de réévaluer et de renouveler l’horizon des discours disciplinaires (esthétiques, philosophiques, psychologiques, anthropologiques, etc.).

Nous proposons pour cette journée deux principaux axes de questionnement, et privilégierons les propositions qui parviennent à les faire dialoguer :

Ressources : pratiques, outils & méthodes

> Les pratiques de la danse se tiennent aujourd’hui au plus loin de la mécanique anatomiste qui fragmente l’individu partes extra partes, et au plus près d’une réappropriation psychosomatique de soi qui déporte le danseur à la jonction du sentir et du se mouvoir. Par quelles méthodes se met-on en état de danse ? Que travaille le corps dansant en studio ? Comment décrire ce que savent les danseurs ?

> La danse ne travaille pas des corps comme matière, mais par eux des relations au monde, des modes d’accès et de transformation. Pour y parvenir, de nombreuses approches du mouvement coexistent qui invitent à leur étude spécifique, ou comparée (ressources, méthodes, outils). Quelles approches pour quels savoirs ? Comment définir ces savoirs incarnés ? Comment les faire dialoguer ?

Résonances : pensée et pratiques à l’épreuve des savoirs du corps dansant

> Une pensée somatique conséquente des pratiques du mouvement fait aujourd’hui sortir les savoirs du corps dansant hors du studio pour les faire résonner dans d’autres domaines. Quels sont, quels pourraient être les implications de ces savoirs dans le champ du soin, de la thérapie et du travail social ? dans le champ de la pédagogie ? dans le champ de la philosophie et de l’esthétique ?...


Nous souhaiterions consacrer la matinée de cette journée d’étude à des propositions mi-pratiques mi-théoriques (atelier-conférence, lecture performance,...) qui puissent prendre place dans un studio de danse (la Salle d’Evolution de l’Université de Strasbourg - un espace équipé, gradiné, de 200 m2).
Nous rejoindrons l’après-midi une salle de conférence pour écouter les communications scientifiques.

Durée des communications scientifiques : 30 minutes

Modalités de soumission :

Les personnes intéressées devront envoyer un résumé de la communication de 500 mots environ, ainsi qu’une brève notice bio-bibliographique, aux adresses suivantes :
alice.godfroy@unistra.fr & nathalie.boudet@unistra.fr
La date limite de présentation des propositions est le 7 janvier 2015.
Le Comité Scientifique communiquera à tous les candidats, au 20 janvier 2015, la décision sur l’acceptation de leur proposition.

[1Laurence Louppe, dans Que dit le corps ?, actes de la table ronde du 25 mars 1995, organisée par le Cratère-Théâtre d’Alès, Alès, Le Cratère-Théâtre, 1996, p. 9.

[2Dominique Dupuy, « Eloge du studio », Lettre d’information de l’IPMC, n° 12, avril 1994.

[3Michel Bernard, De la création chorégraphique, op. cit., p. 77.

[4Dominique Dupuy, « A un élève, à un stagiaire », programme du Jardin de la danse, Avignon, Festival off, 1975.

A LA UNE



Pratiques de thèse en danse, 14 novembre 2017 • Programme




Atelier des Doctorant en danse, juin 2017 - Programme




Pratiques de thèse en danse - Corps hors-codes, compte-rendu




Recherches en danse n° 5




Écrire les sciences sociales. Un enjeu pour les jeunes chercheurs




Edition Danse.com




Le Doctorat à la loupe




Suivre les nouveautés du site en RSS


TOUTES LES UNES